Pourquoi le RAS (Recirculating Aquaculture System) devient incontournable en aquaculture

Pourquoi le RAS (Recirculating Aquaculture System) devient incontournable en aquaculture
person Posté par: Hervé COUDERT list Dans: Aquaculture-france Sur:

Face à la croissance continue de la demande mondiale en produits aquatiques, l’aquaculture est confrontée à un double défi : produire davantage tout en réduisant son empreinte environnementale. Dans ce contexte, les systèmes aquacoles en recirculation, plus connus sous l’acronyme RAS (Recirculating Aquaculture System), s’imposent comme une rupture technologique majeure. Longtemps considérés comme complexes et coûteux, les RAS connaissent aujourd’hui une maturité technique qui les rend attractifs, voire incontournables.

Qu’est-ce qu’un système RAS ?

Un système RAS repose sur un principe simple : réutiliser l’eau d’élevage après traitement, plutôt que de la renouveler en continu. L’eau circule en boucle fermée à travers différents modules de traitement :

-          Filtration mécanique (élimination des matières en suspension)

-          Biofiltration (nitrification de l’ammoniac en nitrate)

-          Désinfection (UV, ozone).

-          Dégazage (CO₂, azote)

-          Oxygénation

-          Climatisation

-          Pompage et distribution de l’eau

Selon les conceptions et les objectifs de l’exploitant, le taux de recirculation peut atteindre 90%, voire 99 %.

Une réponse directe aux contraintes environnementales

La technologie RAS permet une réduction drastique des prélèvements en eau

La pression sur la ressource en eau douce devient un enjeu critique, y compris dans des régions historiquement favorables à l’aquaculture. Le système RAS permet de décorréler la production piscicole de la disponibilité locale en eau, ouvrant la voie à des implantations hors des zones traditionnelles.

Vers une meilleure maîtrise des rejets

Dans les systèmes classiques, les rejets azotés et phosphorés sont directement transférés vers le milieu naturel. En RAS, ces flux sont concentrés, mesurables et surtout valorisables.

Cette maîtrise facilite la conformité réglementaire et réduit significativement l’impact sur les millieux récepteurs.

Un contrôle sanitaire et zootechnique renforcé

Le RAS permet de contrôler tous les paramètres d’élevage : température, oxygène dissous, pH, ammoniac, nitrites, solides en suspension. Cette stabilité se traduit par une meilleure croissance, une amélioration de l’indice de consommation, une réduction du stress chronique, une meilleure assurabilité du risque par les compagnies d’assurance.

Sur le plan sanitaire, l’isolement du milieu extérieur limite l’introduction de pathogènes, réduisant le recours aux traitements thérapeutiques et améliorant la biosécurité globale.

Quand intensification rime avec durabilité

Contrairement à certaines idées reçues, intensification et durabilité ne sont pas incompatibles. Les systèmes de recirculation aquacole (RAS – Recirculating Aquaculture Systems) permettent aujourd’hui d’atteindre des densités de production élevées tout en assurant une maîtrise précise de la qualité de l’eau.

Cette intensification maîtrisée présente plusieurs avantages : optimisation du foncier, réduction des renouvellements d’eau, rapprochement des sites de production des zones de consommation et diminution des transports. Elle permet également de mieux contrôler les paramètres essentiels à l’élevage : oxygène, température, matières en suspension, ammonium, nitrites, nitrates, CO₂ et charge organique.

Du système Dekel aux RAS modernes

L’histoire de la recirculation aquacole ne commence évidemment pas avec les RAS industriels actuels. Dans les années 1990, le système Dekel, notamment développé en Israël pour des productions intensives de poissons rustiques comme le tilapia, constituait une approche précurseur de la recirculation en aquaculture.

Son principe reposait sur l’association de bassins d’élevage intensif et d’un bassin-réservoir de grande capacité, assurant à la fois des fonctions de stockage, de dilution et de traitement biologique. L’eau était recirculée entre les différents compartiments afin de limiter les renouvellements et de maintenir des conditions compatibles avec une production piscicole intensive.

À ce titre, le système Dekel est considéré comme une étape intermédiaire entre les systèmes traditionnels en étangs et les RAS modernes.

Cependant, les technologies de recirculation ont considérablement évolué depuis cette période. Les RAS actuels ne reposent plus sur le volume d’un bassin-réservoir et sur les capacités biologiques naturelles de l’eau. Ils associent désormais filtration mécanique et biologique, dégazage, oxygénation, désinfection UV, ozonation, contrôle thermique, pompage à haut rendement et instrumentation, le tout piloté par des systèmes d’automatisation de plus en plus sophistiqués.

L’évolution est donc importante : l’objectif n’est plus seulement de recirculer l’eau, mais de maîtriser activement et en continu l'ensemble des paramètres du système.

Une évolution vers des systèmes plus compacts et plus maîtrisés

Le principal intérêt des RAS modernes réside notamment dans leur capacité à produire une eau de qualité constante avec des volumes d’eau beaucoup plus faibles et des surfaces de traitement optimisées.

Cette approche permet de concevoir des installations adaptées à des contraintes foncières importantes, à des implantations urbaines ou périurbaines, mais également à des projets nécessitant une biosécurité élevée ou une maîtrise très fine des conditions d’élevage.

Le système Dekel conserve un intérêt historique et peut encore inspirer certaines conceptions "lowcost" lorsque de grandes surfaces sont disponibles et que le volume d’eau constitue un élément central du procédé.

Il serait cependant réducteur de comparer directement un système Dekel historique à un RAS moderne : ils correspondent à des générations technologiques et à des philosophies de conception différentes.

Aujourd’hui, la question n'est donc plus de choisir entre un « système Dekel » et un RAS de manière théorique. Il s’agit surtout de déterminer le niveau de recirculation, de filtration et de contrôle réellement nécessaire au projet.

Selon l’espèce élevée, la biomasse visée, le niveau d’intensification, les contraintes foncières, la disponibilité en eau, les objectifs énergétiques et le niveau de biosécurité recherché, la solution pourra aller d’un système extensif ou semi-intensif jusqu’à un RAS hautement automatisé, en passant par différentes architectures hybrides.

L’évolution du Dekel vers les RAS modernes illustre ainsi une tendance majeure de l’aquaculture : passer d’une simple logique de recirculation de l’eau à une véritable ingénierie du milieu d’élevage.

Des verrous techniques levés

Si le RAS n’est pas encore la solution universelle, plusieurs freins historiques sont en train de s’atténuer. La compréhension du fonctionnement des biofiltres permettent de fiabiliser leur dimensionnement et d’anticiper les rendements. L’automatisation accrue (capteurs, supervision, IA), la baisse relative des coûts énergétiques grâce à l’optimisation des équipements, la montée en compétence de tous les opérateurs font évoluer la technologie RAS vers des outils industriels robustes qui remplacent peu à peu les systèmes expérimentaux.

Conclusion

Le développement du RAS ne relève plus d’un simple effet de mode technologique. Il répond de manière structurée aux enjeux majeurs de l’aquaculture moderne : rareté de l’eau, pression environnementale, sécurité sanitaire, acceptabilité sociale et performance économique.

S’il exige une approche rigoureuse, fondée sur l’ingénierie, la biologie et la gestion des flux, le RAS apparaît aujourd’hui comme l’un des piliers de l’aquaculture de demain. Pour les acteurs du secteur, ne pas s’y intéresser revient de plus en plus à prendre le risque d’un décrochage technologique.

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